Clyde Waters avec commentaires

« Clyde Waters », ou « The Drowned Lovers » est une ballade que je trouve très touchante. C’est la deuxième que j’ai traduite et interprétée, après Sir Patrick Spens. Elle aussi provient de l’album Child Ballads d’Anais Mitchell et Jefferson Hamer.

Lorsque j’ai commencé à traduire cette magnifique ballade, le premier problème qui s’est posé a été, comme bien souvent, le titre. Le fleuve Clyde est un fleuve écossais qui est peut-être une référence qu’ont nos amis des îles britanniques, mais qui n’évoque pas grand-chose pour nous, francophones (surtout quand on est de l’autre bord de l’Atlantique!).

J’ai donc choisi de le remplacer, dans le texte, par « la rivière » (j’aime bien utiliser des noms génériques; laisser un flou sur la localisation géographique et temporelle de ce genre d’histoires). Pour ce qui est du titre, Clyde Water – comme presque toutes les autres ballades dans le genre – n’est qu’un parmi tant d’autres noms donnés à la ballade. J’ai donc choisi d’en traduire un autre, « The Drowned Lovers », ce qui a donné « Les amants noyés ».

Il est certain que le titre rend assez explicite la fin de la ballade. Néanmoins, je trouve qu’en règle générale la beauté de ces ballades réside surtout dans la manière de raconter l’histoire; je me suis donc dit que c’était un moindre mal.

Cela dit, il y a une raison pour laquelle « le fleuve Clyde » n’est pas simplement devenu « le fleuve » dans ma traduction. Initialement, c’est ce que j’avais mis, mais, vous savez, nos fleuves sont grands, très grands en Amérique… On dit parfois que les fleuves européens sont nos rivières. Je ne sais pas ce que ça vaut, mais le fait est que, en m’imaginant la scène où Marie va « tout au fond du fleuve » (« de la rivière », donc, dans la version finale) était assez dure à concevoir.

Je comprends qu’il ne faut pas prendre tout à la lettre et que même d’aller au fond de la Seine est dur à concevoir, mais d’imaginer Marie aller au fond du Saint-Laurent – ou, pire, d’imaginer William traverser le Saint-Laurent sur son cheval – avait quelque chose de si disproportionné que j’ai préféré parler de « la rivière ». J’ai fait ce changement me disant que, de toute manière, cela ne devait pas faire de si grosse différence chez mes amis européens.


 

Willie stands in his stable door
And he’s combing his coal black steed
And he’s thinking of fair Margaret’s love
And his heart began to bleed
« Mother, fetch my hat and coat
Help me tie them on
I’ll away to fair Margaret’s bower
Before the night comes on »

« Stay at home with me, dear Willie
Tonight there comes a storm
I’ll lay the table handsomely
Your bed be soft and warm »
« Your tables, mother, and your beds
They cannot bring me rest
I’ll away to fair Margaret’s bower
Before the night is past »

« If you go to fair Margaret’s bower
My curse will go with thee
In the deepest part of the Clyde Water
Drowned you shall be »
« The good steed that I ride upon
Cost me thrice thirty pounds
I’ll put my trust in his swift feet
To take me safe and sound »

He’s rode over the high high hill
And down the dewy glen
And the rushing in the Clyde Water
Would have feared five hundred men
« Roaring Clyde, you roar so loud
Your streams are wondrous strong
Make me a wreck as I come back
But spare me as I’m going »

When he came to fair Margaret’s gate
He’s called to her within
« Rise up, rise up, maid Margaret
Rise up and let me in »
« Who’s that stands at my garden gate
Calling maid Margaret’s name? »
« It’s only your first love, sweet William
This night come to your home »

« Open the door, Maid Margaret
Open and let me in
My boots are full of the Clyde Water
And I’m shivering to the skin »
« My stable is full of horses, Willie
My barns are full of hay
And my bowers are full of gentlemen
They’ll not remove till day »

« Fare thee well, maid Margaret
Fare thee well, adieu
A curse my mother laid on me
For coming this night to you »
He’s rode over the high high hill
Down the dewy glen
And the rushing in the Clyde Water
Took Willie’s hat from him

And he’s leaned him over his saddle bold
To fetch his hat again
And the rushing in the Clyde Water
Took Willie’s coat from him
And he’s leaned him over his saddle bold
To catch his coat by force
And the rushing in the Clyde Water
Took Willie from his horse

The very hour this young man sank
Down in the watery deep
Then up and rose maid Margaret
Out of her drowsy sleep
« Come here, come here, my mother dear
I’ve dreamed a dreary dream
I dreamed my lover was at our gate
And nobody let him in »

« Lie down, lie down, maid Margaret
Your lover’s come and gone
The sport you would have made with him
I’ve played it for my own »
Nimbly, nimbly rose she up
Down to the river’s brim
But the louder that this lady called
The louder blew the wind

The very first step that Margaret took
She stepped up to her feet
And « Oh, and alas » this lady sighs
« Your water’s wondrous deep »
And the very next step that she went in
She’s waded to her knee
Says she, « I would wade farther in
If I my true lover could see »

And the very last step that she went in
She stepped up to her chin
In the deepest part of the Clyde Water
She found sweet William in
« You have had a cruel mother Willie
I have had another
And now we’ll sleep in Clyde Water
Like sister and like brother »

William est dans son étable
Pansant son noir étalon
Et il se languit de la belle Marie1
Et ses soupirs sont tristes et longs
« Mère apporte-moi mon chapeau
Et mon manteau de cuir gris
J’irai au boudoir de ma belle
Avant que tombe la nuit »

« Reste avec moi, cher William
Car la tempête vient
Je mettrai de beaux couverts
Et l’âtre brûlera jusqu’au matin »
« Mère, ton âtre et tes couverts
Ne m’apportent nul répit
J’irai au boudoir de ma belle
Avant que passe la nuit »

« Si tu vas voir ta chère Marie
Je te maudirai
Au plus profond de la rivière
Tu mourras noyé »
« L’étalon que je chevauche
Est rapide et agile
J’ai pleine confiance en lui
Pour me garder de tout péril »

Il s’en fut par-delà les monts
Et les vallons, sous la rosée
Et les torrents de la rivière
Eussent fait fuir toute une armée
« Ô rivière, tu rugis fort
Féroce sont tes courants
Déchaîne-toi à mon retour
Mais épargne-moi maintenant »

Arrivé à la demeure
De sa belle, il appela
« Lève-toi, ô chère Marie
Lève-toi et ouvre-moi »
« Qui se présente à ma porte
Marie appelant? »
« C’est moi, ton doux William
Ton fidèle amant »

« Ouvre-moi, ô chère Marie
L’attente m’épuise
Mes bottes sont noires de l’eau de la rivière2
Et je tremble sous la brise »
« Mes étables sont pleines, William
Nulle place pour ton étalon
Et mon boudoir est plein de gentilshommes3
Et jusqu’à l’aube ils resteront »

« Ô chère Marie, adieu
Pour être venu te voir
Ma mère m’a condamné
À mourir, ce soir »
Il s’en fut par-delà les monts
Et les vallons, sous la rosée
Mais rendu aux torrents de la rivière
Son chapeau fut emporté

De sa selle, il s’étira
Pour reprendre son chapeau
Mais les torrents de la rivière
Emportèrent son manteau
Et de sa selle, il s’étira
Vers son manteau de cuir gris
Mais les torrents de la rivière
L’emportèrent lui aussi

À l’instant même où William,
Dans les eaux, se noya
D’un long et profond sommeil
Marie se réveilla
« Ô mère, viens à mon côté
J’ai fait un rêve troublant
J’ai cru qu’on refusait l’entrée
À William, mon amant »

« Étends-toi, ô Marie,
Ton amant s’en est allé
L’amusement que vous auriez eu
Moi seule y ai gouté »4
À ces paroles, Marie s’en fut
Vers la rivière, en courant
Mais si fort que criait la belle
Plus fort hurlait le vent

Au premier pas qu’elle fit
Elle trembla en touchant l’eau
« Oh, hélas » gémit-elle
« Traître sont tes flots »
Au deuxième pas qu’elle fit
S’enfonçant profondément
Elle dit « Oh j’irais bien plus loin
Si je pouvais voir mon amant »

Et au dernier pas qu’elle fit
Les flots la submergèrent
Et elle trouva son beau5 William
Tout au fond de la rivière
« Cruelles ont été nos mères, William
D’avoir navré nos coeurs
Mais maintenant nous reposeront dans la rivière
Comme frère et soeur »

« Les amants noyés »
Written by Anais Mitchell and Jefferson Hamer
Published by Treleven Music/Candid Music Publishing Ltd. administererd by It’s Only About Music (ASCAP) and Clairvoyant Dwarf (BMI)

1 « Margaret » est à l’Anglais ce que « Marie » est au Français : un nom très commun, notamment dans les contes, les ballades, etc. C’est simplement cela qui est à l’origine de mon choix.
2 Initialement, comme expliqué plus haut, la ballade traitait d’un fleuve. Remplacez ici « de la rivière » par « du fleuve » et le vers a un nombre de pieds plus raisonnable. Mais j’aime bien cette traduction, j’ai donc décidé de la garder intacte, même si elle me force à commencer ce vers un peu en amont dans la mélodie.
3 « Boudoirs » est au pluriel dans la version originale, alors que Willie ne parle que d’un boudoir, au début de la chanson. Ne voyant pas de raison apparente pour laquelle « Margaret’s bower » est devenu plus loin « My bowers », j’ai gardé la forme singulière, qui me paraît plus logique.
4 « L’amusement que vous auriez eu » est une traduction plutôt directe de « The sport you would have made with him », mais « I’ve played it for my own » m’a causé bien du souci. J’ai finalement décidé d’utiliser l’expression « goûter à quelque chose », qui me semblait être la seule manière de traduire ce qui est exprimé par la mère de Marie.
5 J’aurais pu mettre « doux », qui aurait été une traduction on ne peut plus exacte et juste de « sweet » dans le contexte. Mais diantre! William aussi a le droit d’être beau au même titre que Marie est souvent appelée « belle Marie ».
Plus sérieusement, il est évident que la beauté physique des femmes est souvent mise à l’avant dans ce genre de textes, là où on fait rarement allusion à celle des hommes. Je ne pense pas qu’il faille grimper au rideau pour si peu, mais quand j’ai l’occasion de rééquilibrer un petit peu ce genre de textes (sans pour autant avoir l’impression de passer ces textes au « ruban correcteur des valeurs du XXIe siècle » – ce genre de choses me donne l’urticaire), je ne me prive pas.
Je le mentionne ici, mais je ne le mentionnerai pas constamment, surtout que ce sont, au final, des changements anodins.

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