Réveillez-vous belle endormie (Trad. Québécois/Français)

« Réveillez-vous belle endormie », ou simplement « La belle endormie », est une chanson que j’ai découverte presque simultanément dans le répertoire du Poème Harmonique (d’où me vient aussi « N’èran tres fraires ») et dans l’excellent disque « Portraits » du trio québéco-irlandais Sophie & Fiachra.

Avec un peu de recherche, j’ai constaté que les très nombreuses versions françaises de cette pièce semblent être pour la plupart originaires du Sud-Ouest de la France. En Amérique du Nord, des versions ont été collectées au Canada français, mais aussi en Louisiane. La version que je joue ici est à mi-chemin entre les versions française et québécoise citées plus haut, qu’il s’agisse du tempo ou des paroles.

Paroles :

Réveillez-vous belle endormie
Réveillez-vous car il fait jour
Mettez la tête à la fenêtre
Vous entendrez parler d’amour

C’est votre amant, ici, qui vous parle
Il a la voix si belle et si douce
C’est votre amant, ma demoiselle
Qui vient pour parler avec vous

La belle a mis le pied à terre
Tout doucement s’en est allée
D’ une main elle ouvre la porte
Entrez galant si vous m’aimez

Je ne dors pas lorsque je veille,
Toute la nuit je pense à vous,
Toute la nuit mon cœur sommeille
Ma belle amie marions-nous.

En as-tu parlé à ton père
La belle, que tu voulais m’aimer?
J’en ai parlé, il m’a refusée
Galant, il faut pas y penser

Je m’en irai en ermitage
Finir mes jours au bord d’un rocher
Ma nourriture sera l’herbage
L’eau de mes pleurs sera ma liqueur

Au bois Marguerite (Trad. québécois)

Voici une chanson que j’aime beaucoup jouer, tirée de l’album « Le bruit court dans la ville » et chantée par André Marchand. J’aime beaucoup son côté très galant et le refrain m’a très vite accroché.

Paroles :

Marguerite s’en va-t-au bois, pour cueillir des noisettes (bis)
Mais la branche est si haute, Marguerite si petite

Refrain :
Au bois Marguerite, au bois Marguerite

Au bout de son doigt gauche, une épine s’enfonce (bis)
Oh ! elle a tant pleuré, qu’elle s’est endormie

Oh ! elle a tant pleuré, qu’elle s’est endormie (bis)
Tout près vint à passer une cavalerie

Le premier qui la voit dit: Oh ! qu’elle est petite (bis)
Le deuxième qui la voit dit: Oh ! qu’elle est jolie

Le troisième qui la voit dit: Elle sera ma mie (bis)
Si bien qu’au bout d’un an, Marguerite s’y marie

Ils ont eu trois enfants, ce sont trois capitaines (bis)
Le premier à Paris et l’autre en Angleterre

Et l’autre à la maison, pour faire comme son père (bis)
Caresser les jeunes filles dans les petits coins noirs

Qui me passera le bois (Trad. québécois)

Voici mon adaptation de « Qui me passera le bois », une chanson que j’affectionne beaucoup et que j’ai découverte dans le premier CD que Grey Larsen et André Marchand ont fait ensemble, « The Orange Tree ». Il s’agit d’une chanson québécoise traditionnelle.

Paroles :

Ah! Qui me passera le bois2, moi qui est si petite?
C’est ce monsieur que voilà là, n’a-t-il pas bonne mine?

Refrain :
Belle attendez là, belle attendez
J’irai vous reconduire

C’est ce monsieur que voilà là, n’a-t-il pas bonne mine?
Quand il fut au milieu du bois, il se mit à courir

Quand il fut au milieu du bois, il se mit à courir
Oh, qu’avez-vous mon bon monsieur, qu’a-vous à tant courir?

Oh, qu’avez-vous mon bon monsieur, qu’a’vous à tant courir?
J’entends venir les loups là-bas, qui nous suivent à la rive

J’entends venir les loups là-bas, qui nous suivent à la rive
Quand ils eurent traversé le bois, la belle se mit à rire

Quand ils eurent traversé le bois, la belle se mit à rire
Belle qu’avez-vous, belle qu’avez-vous, qu’à-vous à tant rire?

Belle qu’avez-vous, belle qu’avez-vous, qu’à-vous à tant rire?
Je ris de moi, je ris de toi, de ta poltronnerie

Je ris de moi, je ris de toi, de ta poltronnerie
D’avoir pris les perdrix du bois pour des loups en furie

2 « m’aidera à passer le bois »

N’èran tres fraires (Trad. occitan)

« N’èran tres fraires » est une magnifique chanson traditionnelle occitane que j’ai découverte en écoutant les CDs du Poème Harmonique. Vous pouvez écouter leur version ici.

J’ai fait un peu de recherche pour prononcer aussi correctement que possible les paroles, mais mon occitan est sans doute trop teinté de mon espagnol et/ou de mon accent québécois pour être très juste.

Voici les paroles

En occitan :

N’èran tres fraires
N’an qu’ua sòr a maridar. (bis)
L’an maridada
Au mei maishant deu vesiat.
L’a tant batuda
Dab un baston de verd pomèr,

L’a tant batuda
Dab un baston de verd pomèr, (bis)
Que l’a sacrada
De la tèsta dinc a son pè.
Sa camiseta
A l’aigueta se’n va lavar.

Mentre que lava,
Tres chivalièrs van arribar. (bis)
Hòu, la sirventa !
On ei la dauna deu castèth ?
Soi pas sirventa,
Mès soi la dauna deu castèth.

Soi pas sirventa,
Mès soi la dauna deu castèth (bis)
Ditz, ma soreta,
Qui t’a mes dins aqueth estat.
Aquò’s, mon fraire,
Lo marit que m’avetz balhat.

Aquò’s, mon fraire,
Lo marit que m’avetz balhat.(bis)
E donc lo fraire
De cramba en cramba l’a cercat.
D’un còp d’espasa,
la tèsta au maishant a copat

En français :

Ils étaient trois frères ;
Ils n’avaient qu’une sœur à marier. (bis)
Ils l’ont mariée
Au plus méchant homme du voisinage.
Il l’a tant battue
Avec un bâton de pommier vert

Il l’a tant battue
Avec un bâton de pommier vert, (bis)
Que son corps en a été meurtri
De la tête jusqu’aux pieds.
Elle est allée à la rivière
Laver son corsage.

Tandis qu’elle le lave,
Trois chevaliers viennent à passer. (bis)
Holà, la servante !
Où est la dame du château ?
Je ne suis pas la servante,
Je suis la dame du château.

Je ne suis pas la servante,
Je suis la dame du château.(bis)
Dis-moi, petite sœur,
Qui t’a mis dans cet état.
C’est, mon cher frère,
Le mari que vous m’avez donné.

C’est, mon cher frère,
Le mari que vous m’avez donné.(bis)
Alors le frère
De chambre en chambre l’a cherché.
D’un coup d’épée,
Il a tranché la tête du méchant homme.

Mes favorites

Mon amour pour les histoires mythiques et légendaires s’est, au fil des ans, tout naturellement traduit par un intérêt marqué pour les musiques traditionnelles, à commencer par la nôtre, celle du Québec.

J’ai donc, petit à petit, commencé à découvrir le répertoire de chansons que nous avons, et l’envie m’a rapidement pris de les arranger et de les jouer.

Vous trouverez ici mes préférées (tirées de ma chaîne Youtube), toutes dans un style narratif et chantées tantôt en français, tantôt dans d’autres langues.

Chanson traditionnelle québécoise, compositions, child balades, ballades anglaises et écossaises, poèmes de Tolkien

© Maddi Berger (https://maddiberger.myportfolio.com/).

The Fall of Gil-Galad avec commentaires

« La chute de Gil-Galad » est un de mes poèmes favoris de Tolkien. C’est un court lai relatant la mort tragique du personnage de Gil-galad, elfe mythique de l’univers de la Terre du Milieu.

Le groupe « The Hobbitons » en a fait une très bonne adaptation (que vous pouvez écouter ici). Le poème est chanté a capella, avec la simplicité que, à mon avis, le texte commande.

Gil-Galad was an elven king
Of him the harpers sadly sing
The last whose realm was fair and free
Between the mountains and the sea

His sword was long, his lance was keen
His shining helm afar was seen
The countless stars of heaven’s fields
Were mirrored in his silver shield

But long ago, he rode away
And were he dwelleth, none can say
For into darkness fell his star
In Mordor, where shadows are

Des elfes, Gil-Galad était roi1
De tristes chants content son trépas
Son royaume était libre et fier
Entre les montagnes et la mer

Sa lance était d’acier fin
Son heaume étincelait au loin
Les milles chants de Valinor2
Avaient leur écho dans son cor

Or, voilà longtemps, il s’en fut
Vers quelle contrée, nul ne sut
Car son étoile se perdit
Au Mordor, dans l’ombre et la nuit

1 Je trouve ce vers très intéressant, car j’ai la ferme conviction que quiconque tenterait de le traduire arriverait au même résultat.D’abord parce que les termes français ne peuvent pas vraiment être différents. En effet, Gil-galad ne peut changer, elven ne peut donner autre chose qu’elfe (que ce soit en nom ou en adjectif) et roi, considérant le peu de pieds disponibles, ne peut être un de ses synonymes, comme souverain.
Ensuite, parce que l’ordre ne peut non plus différer.
Voyons les possibilités :
Gil-galad était un roi elfe (ou roi des elfes, peu importe)
Voici une traduction on ne peut plus directe! Or, essayez, cher rimeur, de faire rimer le vers suivant avec « elfe »… Mission impossible, du moins en ce qui me concerne.
Roi des elfes était Gil-galad
Déjà, trop peu naturel comme ordre, mais surtout, le même problème se pose : pas facile de rimer avec « ad ».
Dernière option : Gil-galad, des elfes était roi
Là, le problème de la rime ne se pose pas, mais l’enchaînement de « Galad des » est, phonétiquement, très peu élégant.
2 J’ai pris un peu de liberté dans cette rime, remplaçant « heaven » par le plus explicite « Valinor », mais je crois que l’esprit est très similaire.

The Fall of Gil-Galad

« La chute de Gil-Galad » est un de mes poèmes favoris de Tolkien. C’est un court lai relatant la mort tragique du personnage de Gil-Galad, elfe mythique de l’univers de la Terre du Milieu.

Le groupe « The Hobbitons » en a fait une très bonne adaptation (que vous pouvez écouter ici). Le poème est chanté a capella, avec la simplicité que, à mon avis, le texte commande.

Gil-Galad was an elven king
Of him the harpers sadly sing
The last whose realm was fair and free
Between the mountains and the sea

His sword was long, his lance was keen
His shining helm afar was seen
The countless stars of heaven’s fields
Were mirrored in his silver shield

But long ago, he rode away
And were he dwelleth, none can say
For into darkness fell his star
In Mordor, where shadows are

Des elfes, Gil-Galad était roi
De tristes chants content son trépas
Son royaume était libre et fier
Entre les montagnes et la mer

Sa lance était d’acier fin
Son heaume étincelait au loin
Les milles chants de Valinor
Avaient leur écho dans son cor

Or, voilà longtemps, il s’en fut
Vers quelle contrée, nul ne sut
Car son étoile se perdit
Au Mordor, dans l’ombre et la nuit

Down the Road, Die Rote IRis, Quelques histoires en vers, Poèmes de Tolkien© Die Rote IRis (www.glaubsches.net). « Down the Road »

The Golden Vanity avec commentaires

« The Golden Vanity » est une des Child Ballads que j’ai découverte grâce à la version de Brian Peters, voilà deux ou trois ans.

Lorsque je me suis lancé dans sa traduction, je savais qu’une question très épineuse allait se poser : comment traduire « Lowlands low »? Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec les ballades anglaises, c’est un élément récurrent et de nombreuses chansons traditionnelles l’utilisent. Or, si plusieurs traductions existent, comme « Basses terres », elles ne fonctionnent évidemment pas dans le contexte de la chanson, puisque des navires et des gens coulent dans lesdites « Lowlands ».

Après un peu de recherche, j’ai cru comprendre que « Lowlands », ici, fait référence à une région au nord de l’Europe, contenant notamment les Pays-Bas et, par extension, le sud de la Mer du Nord, qui longe ses côtes. D’où ma traduction par « Mer du Nord ».
 
Autre petit détail : comme vous pouvez le constater, j’ai uniformisé la structure des rimes. Dans ma traduction, chaque strophe rime en A/A/B/B, avec le refrain en B aussi.
 

Now there was a bonny ship
In the North country
The name that she went under
Was the Golden Vanity
She fears she will be taken
By the Turkish privateer
As she sails along the lowlands low
As she sails along the lowlands low
 
In the lowlands, in the lowlands
As she sails along the lowlands low

Now the first that come on deck
Was the little cabin boy
Says, « Captain, what’ll you give to me
If I do them destroy? »
« I’ll give you gold and silver,
My daughter for your bride
If you’ll sink them in the lowlands low
If you’ll sink them in the lowlands low. »

In the lowlands, in the lowlands
If you’ll sink them in the lowlands low

So the captain held the keel light,
And overboard he goes
He swam till he came
To the Turkish privateer
He’s let the water in
And he’s dazzled out her lights
And he sank them in the lowlands low
And he sank them in the lowlands low

In the lowlands, in the lowlands
He sank them in the lowlands low

Then it’s back to the ship
So quickly he swam
« Captain, captain, pick me up;
My work I’ve bravely done
Captain, pick me up,
For I’m sinking in the sea
I’m sinking in the lowlands low
And I’m sinking in the lowlands low. »

In the lowlands, in the lowlands
I’m sinking in the lowlands low

« Pick you up, pick you up? »
The captain said he
« Oh no, you foolish youngster,
That can never be
For I’m going to send you
After the Turkish ivory
I’ll sink you in the lowlands low
And I’ll sink you in the lowlands low. »

In the lowlands, in the lowlands
I’ll sink you in the lowlands low

So he swam around the ship
All to the starboard side
« Shipmates, pick me up,
For I’m sinking in the tide
Shipmates, pick me up,
For I’m sinking in the sea
I’m sinking in the lowlands low
And I’m sinking in the lowlands low. »

In the lowlands, in the lowlands
I’m sinking in the lowlands low

So his shipmates picked him up
And on the deck he died
They sewed him in his hammock
Which was both long and wide
They sewed him in his hammock
And they threw him o’er the side
They sank him in the lowlands low
And they sank him in the lowlands low

In the lowlands, in the lowlands
They sank him in the lowlands low

La Vanité d’or
Était une frégate1 de renom
Elle fendait les flots
Avec le vent pour compagnon
Quand elle vit des corsaires1, 2
La menaçant à tribord
En voguant dans la mer du Nord
En voguant dans la mer du Nord

Tout en voguant, tout en voguant
En voguant dans la mer du Nord

Lors un matelot demanda
Au capitaine d’un air fier :
« Quelle sera ma récompense
Si je détruis les corsaires? »
« Je te donnerai ma fille
Je te couvrirai d’or
Si tu les coules dans la mer du Nord
Si tu les coules dans la mer du Nord

Si au plus profond, si au plus profond
Tu les coules dans la mer du Nord »

Alors le matelot
Plongea bravement
Au péril de sa vie
Il grimpa dans le bâtiment
Fit exploser la nef
Et sauta par-dessus bord
Et elle sombra dans la mer du Nord
Et elle sombra dans la mer du Nord

Au plus profond, au plus profond
Elle sombra dans la mer du Nord

Il nagea vers son navire
Une fois sa mission accomplie
« Cap’taine, aidez-moi
J’ai triomphé de l’ennemi
Cap’taine, aidez-moi
Ou certaine sera ma mort
Car je me noie dans la mer du Nord
Car je me noie dans la mer du Nord

Cap’taine aidez-moi, Cap’taine aidez-moi
Car je me noie dans la mer du Nord »

« T’aider, mon petit? »
Dit le capitaine au marin
« Tu es bien trop naïf3
Pour toi je ne ferai rien
Et pour ta récompense
Tu nageras jusqu’au port4
Et tu mourras dans la mer du Nord
Et tu mourras dans la mer du Nord

Au plus profond, au plus profond
Tu mourras dans la mer du Nord »

Il nagea autour du navire
Et cria aux matelots
« Amis, aidez-moi
Je me bats contre les flots
Amis, aidez-moi
Je ne puis tenir encore
Je me noie dans la mer du Nord
Je me noie dans la mer du Nord

Amis aidez-moi, amis aidez-moi
Je me noie dans la mer du Nord »

L’équipage le hissa
Et il mourut sur le pont
Dans son hamac tel un linceul
Ils l’étendirent de tout son long
L’étendirent de tout son long
Et jetèrent ainsi son corps
Et il coula dans la mer du Nord
Et il coula dans la mer du Nord

Au plus profond, au plus profond
Il coula dans la mer du Nord

« The Golden Vanity »
Written by Brian Peters

1 J’ai arrêté mon choix sur « frégate », puisque je voulais parler du navire au féminin, entre autre parce que c’est ce qui est fait dans la version originale. « Nef » aussi aurait été un bon choix, mais c’est un peu court et « une nef » n’est pas facile à prononcer clairement.
2 J’aime beaucoup la personnification dans la version originale, où le navire « craint d’être pris par un navire corsaire turque » (« She fears she will be taken by the Turkish privateer »). Je me suis arrangé pour, à tout le moins, garder cette personnification.
3 J’ai laissé tomber « Turque » (« Turkish »), puisque la mention n’a rien d’essentiel et, surtout, l’adjectif allant dans ce cas uniquement après le nom (impossible de dire « un Turque navire ») le mot « Turque » aurait probablement été celui qui fait la rime. Or, pas évident de rimer avec ça…
4 « Oh no, you foolish youngster » est un ver important, puisque il annonce le tragique destin du jeune homme. Or, je n’ai pas réussi à garder les deux éléments qui le composent, puisqu’il évoque à la fois la jeunesse et la naïveté du protagoniste. J’ai tranché et gardé l’idée de la naïveté, puisque c’est sur elle qui faut mettre l’accent pour amener la désillusion que subira le jeune marin.
5 Je confesse : je n’ai jamais vraiment compris ce que « Turkish ivory » est censé signifier, mais l’esprit était assez simple à saisir. Et lorsque je suis venu pour traduire ce ver, la rime port/Nord me tendait les bras, si bien que j’ai opté pour elle sans trop hésiter.