Blanche Biche

Lorsque, dans le journal, j’ai lu l’article annonçant la mort de Francine Brunel-Reeves, j’ai été intrigué. Je ne connaissais pas cette dame, mais Le Devoir avait titré « La grand-mère de la musique traditionnelle s’éteint » et l’article lui-même expliquait en quoi elle avait joué un grand rôle dans la recherche portant sur les chansons traditionnelles québécoises, ce qui était amplement suffisant pour attirer mon attention.

Le texte expliquait notamment que son sujet de recherche principal avait été la légende de la Blanche Biche. Curieux, je suis allé voir ladite légende, que j’ai trouvé très impressionnante dès ma première lecture.

J’ai, peu après, entrepris de réécrire le texte dans l’idée de mettre cette histoire en chanson. Pour ce faire, je me suis basé sur la version québécoise dont s’est servie Mme Brunel-Reeves pour ses recherches (vous pouvez la consulter ici) ainsi que la version bretonne de Tri Yann (que vous pouvez écouter ici).

À la tombée d’un soir d’automne
Dans le silence et le froid
Une mère et une fille
S’allaient promener au bois
La mère en entendant
Un sanglot de son enfant
Lui demanda : « pourquoi ma fille
Pourquoi pleures-tu tout bas »

« J’ai dans mon cœur grande crainte
Qui ne cesse de m’affliger
Car si durant le jour
Je suis fille à vos côtés
Lorsque la nuit vient
Blanche biche je deviens
Oh, mère, le jour décline,
Et bientôt je m’en irai

Or, si ce soir mon cœur est trouble
C’est que la chasse est après moi
Tous les barons et les princes
Et tous les limiers du roi
Et le pire est que Mathieu,
Mon frère, est parmi eux
Allez, mère, les avertir
Qu’ils ne me pourchassent pas »

La mère alla prévenir son fils
Mais elle arriva trop tard
Et à peine remise de son souffle
Elle entendit le son du cor
Qui vint annoncer
Que la biche ils avaient tuée
Et ils revinrent pour préparer
Le grand festin du soir

Peu après la fille rentra,
Toute pâle comme le marbre
« Chère sœur » lui dit Mathieu
« Qu’est-ce donc qui t’accable
Viens donc festoyer
Vois ce qu’on a chassé »
« Nul besoin de m’inviter
Car je suis déjà à table

Mon corps est dans vos plats
Et mon sang sur vos mains
Au centre de votre table
Immobile je me tiens »
Et sans rien dire de plus
La jeune fille s’en fut
Elle courut sans faire de bruit
Et disparut au loin

On ne revit plus jamais
Blanche biche de la forêt
Mais les siens pleurent pour elle
Du soir jusqu’au matin

Valse du Quatre-temps

La Valse du Quatre-temps est une valse en quatre parties que j’ai composée au début de l’été.

Je vous autorise aussi à l’appeler Valse du Cornus canadensis si vous voulez paraître pédant. Le Quatre-temps est une plante qui abonde dans les forêts laurentiennes du Québec; plante que j’affectionne depuis le moment où, tout petit, j’ai eu l’envie de devenir herboriste.

Qui plus est, ses fruits sont comestibles! Quoi de mieux pour laisser un merveilleux souvenir dans la tête d’un jeune enfant…

© François-Félix Roy 2018

Les extraordinaires et très-véridicques adventures du Baron de Münchhausen

Lorsque mon frère a ramené de France le livre des aventures du Baron de Münchhausen, j’ai tout de suite accroché et c’est vite devenu un de mes livres humoristiques favoris.

Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage du Baron, sachez qu’il a réellement existé, mais que sa vie est banale à côté des récits qu’on en a fait. Aventures plus que rocambolesques et retournements de situation absurdes entourent le personnage depuis sa popularisation en Allemagne.

Je vous présente ici la chanson que j’en ai tiré, qui reprend trois de mes histoires préférées, racontées à ma façon.

Note : L’audio ne saurait trop tarder pour celle-ci!

Chers amis, chers seigneurs
Il faut que je vous avoue
Ma modestie, ma pudeur
Quand je dois parler de moi

Mais si pour votre bonheur
Je dois conter mes exploits
Je suis votre serviteur
Et, humblement, je dirai tout

Allons, amis, voici, pour commencer,
Une petite aventure qui m’était arrivée
Je cherchais des truffes dans une forêt du coin
quand je vis, soudain – tenez vous bien –

La plus grosse truffe qui pût exister!
Je m’en vins la tâter
Quand elle se mit à grogner…
C’était un ours que je venais de réveiller

Je ne m’attendais guère à croiser un tel mammifère
Je n’avais, pour ma survie, que deux silex à fusil
J’en lançai un, bravement, dans la gueule de la menace
Qui fit une grimace et se tourna pour un moment

Je profitai de l’occasion et lançai ma deuxième pierre
Qui, en raison de mon angle, entra par son derrière
Les deux silex, dans ses entrailles, croisèrent leur trajectoire
L’explosion tua la bête et me fit crier victoire

Quelques temps plus tard, en campagne militaire,
Nous assiégeons une ville qui nous faisait la guerre
Notre général, un jour, se plaignit
de ne rien savoir de l’état des troupes ennemies

Il fallait un éclaireur, je voulus être volontaire,
mais ne savais comment faire
Or, en entendant l’artillerie,
il me vint alors une idée de génie!

Je me plaçai près d’un de nos canons
Et quand le boulet fut tiré, j’y montai à califourchon
Je filais à tout allure de cette étrange façon
Quand, au milieu de mon trajet, il me vint quelques réflexions

Je me dis « Pardieu! L’idée est brave, mais encore faut il songer
Que sitôt descendu dans la ville, je serai fait prisonnier
Sur ces sages considérations, je vis un boulet ennemi
Je sautai donc de l’un à l’autre et dans mon camp j’atterris

Voici, pour terminer, un autre de mes succès
Une aventure singulière, un jour où je chassais
J’arpentais mes terres quand je vis dans les parages
Un magnifique cerf, caché dans le feuillage

C’était un défi de baron, car pour unique munition
je n’avais en ma possession
Que quelques noyaux de cerises.
Soit! j’en chargeai mon fusil, espérant que cela suffise

Je tirai mes noyaux sur le front de l’animal
Qui, étourdi par le choc, s’enfuit tant bien que mal
Or de crier défaite, toujours je me garde
Car mes échecs ne sont que des triomphes qui tardent

Ainsi, quelques années plus tard, le même cerf vint se montrer
Or sur son front poussait un immense cerisier
Je l’abattis sans grande peine, lui et son panache fruité
Et pour le manger, le soir même, la sauce était tout indiquée

Chers amis, chers seigneurs
J’ai, pour ce soir, terminé
Mes récits de chasseur
Et mes exploits de soldat

Voici venue l’heure,
Je le crains, de nous quitter
Mais je vous dis : n’ayez peur!
Nous reprendrons une autre fois

Rose Latulipe

Rose Latulipe est un des contes québécois les plus connus. Bien entendu, en raison de la nature des contes, plusieurs versions existent et comportent leurs différences avec les autres. La version que je vais présenter n’est pas plus valable que les autres; seulement, c’est celle que j’ai toujours connue.

Rose Latulipe est un conte bien ancré dans le passé fortement catholique du Québec, puisque l’histoire prend place la veille du carême. Monsieur Latulipe, qui organise la fête, prévient que celle-ci devra se terminer avant minuit, puisque le lendemain sera dédié à la pénitence. Rose, jeune et jolie, danse encore et encore, jusqu’à danser avec un inconnu. L’inconnu – qui bien évidemment est le diable – danse avec une grâce et un talent hors-normes, si bien qu’il l’entraîne et lui fait dépasser minuit. Suite à quoi il disparaît. En guise de pénitence, Rose vieillit d’un coup.

Évidemment, un tel conte présente une morale d’une autre époque. « N’abusez pas des plaisirs futiles de la vie, jeunes gens, ou il vous perdront! », pourrait-on entendre dire le curé du village, une fois le conte terminé. C’est donc une histoire que j’aime bien, mais que j’ai voulu adapter pour la rendre plus proche de mes valeurs.

C’est d’ailleurs pour ça que j’ai fait un résumé du conte : ma Rose Latulipe ne raconte pas l’histoire traditionnelle. C’est plutôt une histoire allégorique qui fait allusion à la situation actuelle de la musique traditionnelle québécoise. Je ne vous ai donc rien révélé de la chanson. 🙂

Autrefois dans un village
La jeune Rose dansait
Un fier sourire au visage
Elle s’élançait

Dansant le cotillon et les reels
Son beau jupon tournait en vrille
Tous les galants, tous les pauvres diables
En soupiraient

Les gens venaient de loin
S’ébahir devant elle
Sa grâce était telle
Qu’ils l’admiraient jusqu’au matin

Maintes années s’écoulèrent
Et Rose continuait de danser
Toujours si bien, l’air aussi fier
Sans s’arrêter

Mais peu à peu les habitants
De sa danse parurent se lasser
L’un après l’autre, la quittèrent
Jusqu’au dernier

Quand elle remarqua
Que nul n’était resté
Elle n’arrêta pas pour autant
Mais continua le cœur peiné

Au milieu du silence
Elle tournoyait avec souplesse
Seule avec son élégance
Et sa tristesse

Ainsi vit la pauvre Rose
Depuis de nombreuses décennies
Comme si l’éclat de son art
Avait terni

C’est à peine si au jour de l’an
Elle devient une curiosité
Et peut revivre sa gloire d’antan
Pour une soirée

Mais sitôt minuit sonné,
Elle retombe dans l’oubli
Partie pour une autre année
Sans aucune compagnie

Et si nous avons notre Rose
C’est que chaque nation a la sienne
Qui garde la cadence
Malgré sa peine

Mais si vous vous inquiétez
Je vous rassure à l’instant
Les Rose de ce monde ont toujours
Passé l’épreuve du temps

Qu’on redécouvre son talent
Ou qu’on lui tourne encore le dos
Rose n’arrêtera pas de danser
De sitôt

Le corbeau atteint d’une flèche

Cette courte fable est inspirée d’une fable de Lafontaine qui m’a fait forte impression dès la première lecture (vous pouvez lire le texte original ici). L’idée de la mettre en chanson (en réécrivant le texte, puisque comme pour « Les souhaits ridicules », la structure de la fable est peu propice à l’adaptation directe) me trottait dans la tête depuis quelques temps quand j’ai fini, l’automne passé, par le faire.

© François-Félix Roy 2018

Un corbeau sur une pierre
Gisait, blessé et mourant
Alors que venait son heure dernière
Il murmurait lentement

« Ô humains, pourquoi vouloir ma mort?
Ô pourquoi me mettre à terre?
Comment ai-je pu vous faire du tort
Quand je n’ai même pas vu l’hiver? »

Disant cela, le corbeau vit
À l’empennage de la flèche mortelle
Que les plumes et que les siennes
En tout points étaient pareilles

« Ô humains, l’ironie est cruelle
Dans le sort que vous m’infligez
Mais vous oubliez que pire est celle
Qui depuis toujours vient vous navrer

Car, trop souvent, votre sort n’est nul autre
Que de mourir de la main des vôtres

Le roi et le pêcheur

Ce poème aux allures de fable – d’où le titre – est entièrement issu de mon imagination.

Un malheureux pêcheur vivait autrefois
Dans son petit village, près de la mer
Les flots et les vents étaient hostiles et froids
Mais toujours son bateau quittait la terre
Chaque fois, chaque jour comme ses pères

Non loin de là vivait son souverain
Un roi reclus dans ses hautes tours de pierre
Ignorant tout des villages riverains
Qui pour sa richesse vivaient dans la misère

Ce monarque avait le regard ailleurs
Portés sur une lointaine contrée
Qu’il lorgnait, en envahisseur
Et s’en allait attaquer

Un jour de tempête, le pêcheur prit le large
Alors que le roi conduisait ses armées
Et quand le monarque sonna la charge
Le pêcheur sentit la mer s’agiter
Et chacun brava le danger

L’un deux vit des nuages de poussière
Et l’autre, ceux d’un immense orage
Des vagues violentes se déchaînèrent
Et les lames frappèrent sans relâche

Chacun s’illustra par de fières actions
Chacun, épuisé, arracha sa victoire
Le roi fit le gain d’un lointain territoire
Et le pêcheur, de quelques poissons

Le roi clâma bien fort avoir risqué sa vie
Quant il s’en revint à sa demeure
De son héroïsme il fit le récit
En mangeant les poissons du pêcheur

Les souhaits ridicules

« Les souhaits ridicules » est une fable de Perrault que j’ai réécrite pour pouvoir la mettre en chanson. Je vous recommande fortement le texte original (vous pouvez le lire ici).

Un pauvre bûcheron, trimballant sa falourde,
Allait remplir sa gourde au bord de l’Achéron
Tout haut il se plaignait, reprochant au ciel
De n’avoir prêté oreille à nul de ses souhaits

À ses doléances, Jupiter apparut
Devant la providence l’homme se tut
« Bûcheron », dit le dieu, « je promets ici-même
D’exaucer trois vœux pour ta peine »

Soudainement guilleret, le bûcheron s’en revint
À son logis avec entrain, croyant son bonheur fait
Se gardant de parler, de peur de faire une demande,
Car un vœu – gare à la langue ! – est si vite gaspillé

De retour il conta à sa femme, sa chance
Qui, sagement, conseilla la patience
Le mari acquiesça, mais pour se gâter un peu
Avec du vin il fêta près du feu

Au chaud, buvant beaucoup, il murmura soudain
« Diable! Une aune de boudin couronnerait bien le tout »
Sitôt ces mots dits, un boudin d’immense taille
Apparut sur la paille, serpentant vers lui

Sa femme lâcha un cri, voyant le mastodonte
Sans attendre elle couvrit l’homme de honte
« Quand l’or est à portée, on n’écoute pas sa faim
Voilà un souhait gâché à sotte fin! »

Le mari, déconfit, quand son épouse s’en fut
Grommela, d’un ton bourru : « c’est une vraie harpie »
« Elle ne fait qu’exagérer! Je ne suis pas si crétin;
Plût à dieu que le boudin lui pendit au bout du nez »

Sitôt qu’il dit cela, au faciès de sa conjointe,
Le boudin se greffa sous les plaintes
Bloquant l’élocution, l’ornement peu désirable
Frétillait de tout son long, indomptable!

Devant sa femme gesticulant, il se sentit soudain honteux
Et prit son dernier vœu pour annuler les précédents
De trois souhaits, en résumé, il n’obtint qu’une querelle
Avec sa femme, avec celle qu’il eut mieux fait d’écouter

Mes chansons

Bienvenue dans la section qui me tient le plus à coeur : celle de mes compositions! Voilà très longtemps que je souhaite composer, mais ce n’est que tout récemment que j’ai trouvé le type de chansons qui m’inspire vraiment : les chansons qui content des histoires.

Je pourrais diviser cette section en trois grandes catégories. C’est évidemment une classification grossière, puisque je vois d’abord mon travail comme un tout, mais ça se veut être une manière de vous guider dans cette partie plus remplie que les autres.

Les chansons humoristiques : Les extraordinaires et très-véridicques adventures du Baron de Münchhausen, Les souhaits ridicules

Les fables (chansons où je tente de véhiculer un message) :  Le corbeau atteint d’une flèche, Rose Latulipe, Le roi et le pêcheur

Les contes (chansons qui veulent d’abord raconter une histoire) : Bedd Gelert, L’espoir d’un printemps, Blanche Biche

Certains textes sont purement issus de mon imagination, tandis que d’autres se basent sur des légendes, des fables ou d’autres sources d’inspiration. Le cas échéant, bien entendu, lesdites inspirations sont mentionnées.

Quelques histoires en vers, chansons, François-Félix Roy, Maddi Berger
© Maddi Berger (https://maddiberger.myportfolio.com/).

Bedd Gelert

Bedd Gelert est une légende que je connais depuis que je suis tout jeune. Elle est originaire du Pays de Galles (son nom provient d’ailleurs du gallois – je vous invite à le traduire après votre lecture, pour éviter de vous révéler quoi que ce soit). C’est la première histoire que j’ai mise en chanson, il y a à peu près un an.


© François-Félix Roy 2018 

Fut un prince n’ayant au monde qu’un fils
Et comme fidèle garde un chien à son service
Le vieil animal protégeait le berceau
Son maître, en chuchotant, lui adressait ces mots :

« Oh, Gelert
Oh mon vieil ami

Par-delà mes terres, il me faut partir
Je vois que tu te dresses, brûlant de venir
Or toi seul as ma confiance, protège mon nouveau-né
Mon fils est sans défense, reste à son côté

Oh, Gelert
Je te confie sa vie »

Sitôt le maître sorti, Gelert se leva
Au chevet du petit, sagement il veilla
Il entendait sa calme respiration
Mais non loin un souffle rauque troubla son attention

« Oh, Gelert
Je te confie sa vie »

Dans l’angle de la porte un loup écumait
Son flair attiré par l’enfant qui sommeillait
Or Gelert avait au cœur une loyauté suprême
Alors quand le loup bondit, Gelert fit de même

Le chien combattit l’assaillant
Le loup, avec force, le mordit
Les draps sur le petit
Étaient maculés de sang
Le loup succomba dans un coin
Sous les coups du brave chien

Le prince, à son retour, vit son fils, le sang au corps
Sans voir qu’il dormait, il crut son enfant mort
Puis se tourna, avec horreur, vers Gelert, la gueule en sang
Croyant venger son nouveau-né, il tua l’innocent

Dans le silence de la pièce, soudain, surgirent des pleurs
L’enfant s’étant réveillé à la mort de son sauveur
Alors le prince vit le corps du loup, caché non loin,
Il comprit sa grave erreur et s’écroula près du chien

Depuis ce jour funeste
Le prince pleure son ami

« Oh, Gelert
Je t’ai confié sa vie »