The Fall of Gil-Galad avec commentaires

« La chute de Gil-Galad » est un de mes poèmes favoris de Tolkien. C’est un court lai relatant la mort tragique du personnage de Gil-galad, elfe mythique de l’univers de la Terre du Milieu.

Le groupe « The Hobbitons » en a fait une très bonne adaptation (que vous pouvez écouter ici). Le poème est chanté a capella, avec la simplicité que, à mon avis, le texte commande.

Gil-Galad was an elven king
Of him the harpers sadly sing
The last whose realm was fair and free
Between the mountains and the sea

His sword was long, his lance was keen
His shining helm afar was seen
The countless stars of heaven’s fields
Were mirrored in his silver shield

But long ago, he rode away
And were he dwelleth, none can say
For into darkness fell his star
In Mordor, where shadows are

Des elfes, Gil-Galad était roi1
De tristes chants content son trépas
Son royaume était libre et fier
Entre les montagnes et la mer

Sa lance était d’acier fin
Son heaume étincelait au loin
Les milles chants de Valinor2
Avaient leur écho dans son cor

Or, voilà longtemps, il s’en fut
Vers quelle contrée, nul ne sut
Car son étoile se perdit
Au Mordor, dans l’ombre et la nuit

1 Je trouve ce vers très intéressant, car j’ai la ferme conviction que quiconque tenterait de le traduire arriverait au même résultat.D’abord parce que les termes français ne peuvent pas vraiment être différents. En effet, Gil-galad ne peut changer, elven ne peut donner autre chose qu’elfe (que ce soit en nom ou en adjectif) et roi, considérant le peu de pieds disponibles, ne peut être un de ses synonymes, comme souverain.
Ensuite, parce que l’ordre ne peut non plus différer.
Voyons les possibilités :
Gil-galad était un roi elfe (ou roi des elfes, peu importe)
Voici une traduction on ne peut plus directe! Or, essayez, cher rimeur, de faire rimer le vers suivant avec « elfe »… Mission impossible, du moins en ce qui me concerne.
Roi des elfes était Gil-galad
Déjà, trop peu naturel comme ordre, mais surtout, le même problème se pose : pas facile de rimer avec « ad ».
Dernière option : Gil-galad, des elfes était roi
Là, le problème de la rime ne se pose pas, mais l’enchaînement de « Galad des » est, phonétiquement, très peu élégant.
2 J’ai pris un peu de liberté dans cette rime, remplaçant « heaven » par le plus explicite « Valinor », mais je crois que l’esprit est très similaire.

The Fall of Gil-Galad

« La chute de Gil-Galad » est un de mes poèmes favoris de Tolkien. C’est un court lai relatant la mort tragique du personnage de Gil-Galad, elfe mythique de l’univers de la Terre du Milieu.

Le groupe « The Hobbitons » en a fait une très bonne adaptation (que vous pouvez écouter ici). Le poème est chanté a capella, avec la simplicité que, à mon avis, le texte commande.

Gil-Galad was an elven king
Of him the harpers sadly sing
The last whose realm was fair and free
Between the mountains and the sea

His sword was long, his lance was keen
His shining helm afar was seen
The countless stars of heaven’s fields
Were mirrored in his silver shield

But long ago, he rode away
And were he dwelleth, none can say
For into darkness fell his star
In Mordor, where shadows are

Des elfes, Gil-Galad était roi
De tristes chants content son trépas
Son royaume était libre et fier
Entre les montagnes et la mer

Sa lance était d’acier fin
Son heaume étincelait au loin
Les milles chants de Valinor
Avaient leur écho dans son cor

Or, voilà longtemps, il s’en fut
Vers quelle contrée, nul ne sut
Car son étoile se perdit
Au Mordor, dans l’ombre et la nuit

Down the Road, Die Rote IRis, Quelques histoires en vers, Poèmes de Tolkien© Die Rote IRis (www.glaubsches.net). « Down the Road »

The Man in the Moon Came Down too Soon avec commentaires

« The Man in the Moon Came Down too Soon », ou « L’homme de la lune descendit trop tôt » est un poème de Tolkien. Il porte sur l’homme de la lune, personnage du folklore anglais, mais en l’intégrant à l’univers de la Terre du milieu, notamment en faisant référence à la baie de Bel (Belfalas).

Ce poème a été un vrai défi de traduction, considérant la fréquence des rimes (la structure AA/B/CC/B amenant des strophes densément rimées). De tous les textes présents sur le site, c’est de loin celui qui m’a pris le plus de temps, mais j’ai fini par le terminer.

Un des problèmes que j’ai eu à résoudre est celui amené par le champ lexical de la lune. En effet, la chanson étant généreuse en descriptions, Tolkien fait souvent des références à l’astre. Or, il me semble plus aisé de garder les rimes diversifiées en anglais pour les deux raisons suivantes.

Premièrement, les mots de ce champ lexical proviennent, en anglais, de deux racines. La première est germanique et a donné le mot « moon » ainsi que tous les mots apparentés. La deuxième est latine, et c’est celle que nous connaissons en français puisqu’elle a donné « lune » et, en anglais, des mots comme « plenilune ». Dans notre langue, nous sommes limités (pour autant que je sache) à la deuxième racine.

Deuxièmement, l’appartenance de l’anglais à la famille germanique permet la construction de nombreux mots composés, collant l’adjectif après le nom, ce qui est impossible en français. Ainsi, en guise d’exemple, « moonstone » et « moonshine » n’entraînent pas autant de redondance que « pierre lunaire » et « rayons lunaire ».

The Man in the Moon had silver shoon,
and his beard was of silver thread;
With opals crowned and pearls all bound
about his girdlestead,
In his mantle grey he walked one day
across a shining floor,
And with crystal key in secrecy
he opened an ivory door.

On a filigree stair of glimmering hair
then lightly down he went,
And merry was he at last to be free
on a mad adventure bent.
In diamonds white he had lost delight;
he was tired of his minaret
Of tall moonstone that towered alone
on a lunar mountain set.

He would dare any peril for ruby and beryl
to broider his pale attire,
For new diadems of lustrous gems,
emerald and sapphire.
He was lonely too with nothing to do
but stare at the world of gold
And heark to the hum that would distantly come
as gaily round it rolled.

At plenilune in his argent moon
in his heart he longed for Fire:
Not the limpid lights of wan selenites;
for red was his desire,
For crimson and rose and ember-glows,

for flame with burning tongue,
For the scarlet skies in a swift sunrise
when a stormy day is young.

He’d have seas of blues, and the living hues
of forest green and fen;
And he yearned for the mirth of the
.                                            [populous earth
and the sanguine blood of men.
He coveted song, and laughter long,
and viands hot, and wine,
Eating pearly cakes of light snowflakes
and drinking thin moonshine.

He twinkled his feet, as he thought of the meat,
of pepper, and punch galore;
And he tripped unaware on his slanting stair,
and like a meteor,
A star in flight, ere Yule one night
flickering down he fell
From his laddery path to a foaming bath
in the windy Bay of Bel.

He began to think, lest he melt and sink,
what in the moon to do,
When a fisherman’s boat found him far afloat
to the amazement of the crew,
Caught in their net all shimmering wet
in a phosphorescent sheen
Of bluey whites and opal lights
and delicate liquid green.

Against his wish with the morning fish
they packed him back to land:
‘You had best get a bed in an inn,’ they said;
‘the town is near at hand’.
Only the knell of one slow bell
high in the Seaward Tower
Announced the news of his moonsick cruise
at that unseemly hour.

Not a hearth was laid, not a breakfast made,
and dawn was cold and damp.
There were ashes for fire, and for grass the mire,
for the sun a smoking lamp
In a dim back-street. Not a man did he meet,
no voice was raised in song;
There were snores instead, for all folk were abed
and still would slumber long.

He knocked as he passed on doors locked fast,
and called and cried in vain,
Till he came to an inn that had light within,
and he tapped at a window-pane.
A drowsy cook gave a surly look,
and ‘What do you want?’ said he.
‘I want fire and gold and songs of old
and red wine flowing free!’

‘You won’t get them here,’ said the
.                                    [cook with a leer,
‘but you may come inside.
Silver I lack and silk to my back –
maybe I’ll let you bide.’
A silver gift the latch to lift,
a pearl to pass the door;
For a seat by the cook in the ingle-nook
it cost him twenty more.

For hunger or drouth naught passed his mouth
till he gave both crown and cloak;
And all that he got, in an earthen pot
broken and black with smoke,
Was porridge cold and two days old
to eat with a wooden spoon.
For puddings of Yule with plums, poor fool,
he arrived so much too soon:

An unwary guest on a lunatic quest
from the Mountains of the Moon.

L’homme de la lune avait un costume
Et des souliers d’argent
Et des perles pâles et de grandes opales
Paraient ses vêtements
Dans son manteau gris il marchait, la nuit,
Sur son vaste territoire
Et dans sa demeure il monta, rêveur,
Tout au haut de sa tour d’ivoire

Dans son escalier aux marches argentées
Léger était son pas
Tout heureux qu’il était lorsqu’il songeait
Au monde plus bas
Il avait perdu goût en ses blancs bijoux
S’ennuyait dans son minaret
De hautes pierres claires, froides et austères
D’où il observait

Il braverait tous les périls pour avoir des béryls
À mettre sur son pâle habit
Pour des diadèmes sertis de gemmes,
De saphirs et de rubis1
Seul dans sa tour, il passait ses jours
À contempler les humains
Et écouter les airs montant de la terre
Jusqu’à son monde lointain

Dans la lune pleine, en son domaine,
Il patientait en soupirant
Ignorant les lueurs de sa blanche demeure
Car son désir était ardent
Pour les flammes qui dansent, pour
.                                        [l’incandescence2
Pour les cœurs en fête
Pour le ciel rougeoyant d’un soleil levant
Avant que vienne la tempête3

De sa tour lunaire, il admirait la mer
Et contemplait les plaines
Il enviait la gaieté des villes agitées

Par les grandes fêtes humaines
Il admirait les chants, les rires insouciants,
La viande, la pipe et le vin
S’étant vite lassé de sa vie reposée
Dans son monde opalin4

Fébrile il pensait aux innombrables mets
Aux boissons et au confort
Mais s’étant penché, l’imprudent perdit pied
Et comme un météore
Comme un astre qui luit, avant Yule d’une nuit,
Il tomba de son ciel
Du haut de sa lune jusqu’à l’eau et l’écume
De la vaste baie de Bel

Craignant de se noyer, tout alarmé,
Il ne savait que faire
Quand un équipage le trouva, au large,
Et, étonnés, ils l’attrapèrent
Pris dans leurs filet, il brillait
D’un éclat phosphorescent
D’un blanc teinté de reflets bleutés
Et de vert étincelant5

Contre son gré, dans la matinée
Ils le laissèrent sur la plage
« Trouve ton chemin, la ville est non loin »
Dirent-ils, quittant le rivage
À son approche, seule une cloche
Haute dans la tour de guet
Salua l’arrivée d’un tel étranger
Que personne n’attendait6

Ni âtre ni rires ne l’accueillirent
En ce matin froid
Il n’y avait que de la boue et des cendres là où7
Il espérait des feux de joie
Nul individu n’égayait les rues
Nul chant ne s’élevait
Seuls des ronflements car les habitants
Profondément dormaient

Aux portes il levait chaque loquet
Mais ses tentatives étaient vaines
Quand il mit le nez à la fenêtre éclairée
D’une petite taverne
Un cuisinier le toisa et grommela :
« Que viens-tu faire si tôt? »
« Je veux du feu, des chants, des histoires d’antan
Et du vin rouge8 coulant à flots! »

« Rien de tel ici », l’homme lui répondit

« Mais je te laisse entrer
Je manque d’argent et de beaux vêtements –
Peut-être pourras-tu rester »
Quelques perles et de la dentelle
Pour être le bienvenu
Pour s’asseoir quelque peu au coin du feu
Il lui coûta vingt fois plus

Il fallut qu’il donne cape et couronne
Pour apaiser sa faim
Et comme seul repas, dans un bol en bois,
Il eut, en guise de festin,
Une soupe froide, maigre et fade9
À manger sans nul ami
Il était arrivé trop tôt pour fêter
Yule en bonne compagnie

Un voyageur atypique dans une quête lunatique
Bien trop loin de son pays10

1. J’ai jonglé, avec une grande liberté, avec les différentes pierres précieuses pour faire ces rimes, puisque l’important ici est surtout d’énumérer des pierres aux couleurs pures et variées, qui contrastent avec son univers tout blanc. Presque tout les choix s’offraient à moi, sauf quelques exceptions tels les diamants et les opales.
2. « Incandescence » se veut être le meilleur compromis entre la qualité de la rime et la fidélité au texte original. Je crois que c’est une traduction plutôt proche d’« Ember-glows » (« lueurs de braises »)
3. Je m’apprêtais à dévier du sens original pour me simplifier la rime, mais lorsque j’ai véritablement compris de ce dont il s’agissait, je me suis arrangé pour traduire cela directement. De ce que j’en comprends, Tolkien, ici, joue avec l’expression « calme avant la tempête » (« calm before the storm »). Le paysage qu’il décrit est donc d’autant plus clair et magnifique qu’il précède la tempête.
4. « Pearly cakes and light snowflakes », « moonshine »; que de choses compliquées à traduire en si peu de pieds… Je n’ai pas tenté de traduire mot pour mot, puisque ç’aurait été trop difficile de faire rentrer tout ça. J’ai plutôt opté pour une rime plus simple avec « opalin », mais qui a l’avantage d’être un peu plus originale, puisque Tolkien ne l’utilise pas dans le texte original.
6. On a là un magnifique exemple de la beauté des langues. Ce qu’une langue doit exprimer plusieurs mots, une autre langue peut la condenser. Or, si c’est très joli de constater ça, ça n’a pas pour le moins été très épineux à traduire. « Moonsick cruise » serait, en français, quelque chose comme « voyage motivé par la lassitude de la lune » ou je-ne-sais-quoi. Justement, je ne sais pas comment traduire ça. Vous pouvez donc comprendre pourquoi je n’ai pas essayé de traduire directement.
7. « Ashes for fire » serait « Cendres à la place du feu », ou quelque chose de similaire, trop long pour les pieds dont je dispose. J’ai donc choisi de garder l’idée et d’empiéter sur le vers suivant pour traduire cette idée en restant assez proche du sens.
8. Originalement, j’avais une autre traduction de ce vers, laquelle était plus longue et me forçait à couper le « rouge » pour tout faire rentrer. Or, j’ai compris peu après que cet adjectif n’était pas ornemental. Quoi de plus logique, pour cet homme de la lune, de spécifier qu’il souhaite du vin ROUGE, lui qui cherche les couleurs par opposition à son monde blanc. J’ai remanié mon vers et, au final, il est on ne peut plus proche du vers original.
9. Ma première traduction de ce passage était plus fidèle, puisque je parlais de gruau. Or, j’avais la rime « froide/fade » qui me trottait en tête, et elle était impossible de la faire avec un nom masculin. J’ai donc choisi la rime avant le sens.
10. Je suis au courant que « lunatic » et « lunatique » n’ont pas exactement la même définition. En effet, « lunatic » fait référence à une personne atteinte de folie et/ou à une personne excentrique, là où « lunatique » fait référence à une personne atteinte de folie et/ou à l’humeur fantasque, changeante, capricieuse. Or, je crois que les deux sens s’applique ici. Qui plus est, je crois que Tolkien a d’abord choisi ce mot pour le jeu de mot qu’il entraîne, qui est évidemment conservé avec le mot en français.

The Man in the Moon Came Down too Soon

« The Man in the Moon Came Down too Soon », ou « L’homme de la lune descendit trop tôt » est un poème de Tolkien. Il porte sur le personnage de l’homme de la lune, élément du folklore anglais, mais en l’incluant dans l’univers de la Terre du milieu. Ce poème était un vrai défi de traduction, considérant la fréquence des rimes, mais je dois m’avouer fier du résultat final, même si d’éventuelles retouches ne sont pas à exclure.

The Man in the Moon had silver shoon,
and his beard was of silver thread;
With opals crowned and pearls all bound
about his girdlestead,
In his mantle grey he walked one day
across a shining floor,
And with crystal key in secrecy
he opened an ivory door.

On a filigree stair of glimmering hair
then lightly down he went,
And merry was he at last to be free
on a mad adventure bent.
In diamonds white he had lost delight;
he was tired of his minaret
Of tall moonstone that towered alone
on a lunar mountain set.

He would dare any peril for ruby and beryl
to broider his pale attire,
For new diadems of lustrous gems,
emerald and sapphire.
He was lonely too with nothing to do
but stare at the world of gold
And heark to the hum that would distantly come
as gaily round it rolled.

At plenilune in his argent moon
in his heart he longed for Fire:
Not the limpid lights of wan selenites;
for red was his desire,
For crimson and rose and ember-glows,

for flame with burning tongue,
For the scarlet skies in a swift sunrise
when a stormy day is young.

He’d have seas of blues, and the living hues
of forest green and fen;
And he yearned for the mirth of the
.                                            [populous earth
and the sanguine blood of men.
He coveted song, and laughter long,
and viands hot, and wine,
Eating pearly cakes of light snowflakes
and drinking thin moonshine.

He twinkled his feet, as he thought of the meat,
of pepper, and punch galore;
And he tripped unaware on his slanting stair,
and like a meteor,
A star in flight, ere Yule one night
flickering down he fell
From his laddery path to a foaming bath
in the windy Bay of Bel.

He began to think, lest he melt and sink,
what in the moon to do,
When a fisherman’s boat found him far afloat
to the amazement of the crew,
Caught in their net all shimmering wet
in a phosphorescent sheen
Of bluey whites and opal lights
and delicate liquid green.

Against his wish with the morning fish
they packed him back to land:
‘You had best get a bed in an inn,’ they said;
‘the town is near at hand’.
Only the knell of one slow bell
high in the Seaward Tower
Announced the news of his moonsick cruise
at that unseemly hour.

Not a hearth was laid, not a breakfast made,
and dawn was cold and damp.
There were ashes for fire, and for grass the mire,
for the sun a smoking lamp
In a dim back-street. Not a man did he meet,
no voice was raised in song;
There were snores instead, for all folk were abed
and still would slumber long.

He knocked as he passed on doors locked fast,
and called and cried in vain,
Till he came to an inn that had light within,
and he tapped at a window-pane.
A drowsy cook gave a surly look,
and ‘What do you want?’ said he.
‘I want fire and gold and songs of old
and red wine flowing free!’

‘You won’t get them here,’ said the
.                                    [cook with a leer,
‘but you may come inside.
Silver I lack and silk to my back –
maybe I’ll let you bide.’
A silver gift the latch to lift,
a pearl to pass the door;
For a seat by the cook in the ingle-nook
it cost him twenty more.

For hunger or drouth naught passed his mouth
till he gave both crown and cloak;
And all that he got, in an earthen pot
broken and black with smoke,
Was porridge cold and two days old
to eat with a wooden spoon.
For puddings of Yule with plums, poor fool,
he arrived so much too soon:

An unwary guest on a lunatic quest
from the Mountains of the Moon.

L’homme de la lune avait un costume
Et des souliers d’argent
Et des perles pâles et de grandes opales
Paraient ses vêtements
Dans son manteau gris il marchait, la nuit,
Sur son vaste territoire
Et dans sa demeure il monta, rêveur,
Tout au haut de sa tour d’ivoire

Dans son escalier aux marches argentées
Léger était son pas
Tout heureux qu’il était lorsqu’il songeait
Au monde plus bas
Il avait perdu goût en ses blancs bijoux
S’ennuyait dans son minaret
De hautes pierres claires, froides et austères
D’où il observait

Il braverait tous les périls pour avoir des béryls
À mettre sur son pâle habit
Pour des diadèmes sertis de gemmes,
De saphirs et de rubis
Seul dans sa tour, il passait ses jours
À contempler les humains
Et écouter les airs montant de la terre
Jusqu’à son monde lointain

Dans la lune pleine, en son domaine,
Il patientait en soupirant
Ignorant les lueurs de sa blanche demeure
Car son désir était ardent
Pour les flammes qui dansent, pour
.                                        [l’incandescence
Pour les cœurs en fête
Pour le ciel rougeoyant d’un soleil levant
Avant que vienne la tempête

De sa tour lunaire, il admirait la mer
Et contemplait les plaines
Il enviait la gaieté des villes agitées

Par les grandes fêtes humaines
Il admirait les chants, les rires insouciants,
La viande, la pipe et le vin
S’étant vite lassé de sa vie reposée
Dans son monde opalin

Fébrile il pensait aux innombrables mets
Aux boissons et au confort
Mais s’étant penché, l’imprudent perdit pied
Et comme un météore
Comme un astre qui luit, avant Yule d’une nuit,
Il tomba de son ciel
Du haut de sa lune jusqu’à l’eau et l’écume
De la vaste baie de Bel

Craignant de se noyer, tout alarmé,
Il ne savait que faire
Quand un équipage le trouva, au large,
Et, étonnés, ils l’attrapèrent
Pris dans leurs filet, il brillait
D’un éclat phosphorescent
D’un blanc teinté de reflets bleutés
Et de vert étincelant

Contre son gré, dans la matinée
Ils le laissèrent sur la plage
« Trouve ton chemin, la ville est non loin »
Dirent-ils, quittant le rivage
À son approche, seule une cloche
Haute dans la tour de guet
Salua l’arrivée d’un tel étranger
Que personne n’attendait

Ni âtre ni rires ne l’accueillirent
En ce matin froid
Il n’y avait que de la boue et des cendres là où
Il espérait des feux de joie
Nul individu n’égayait les rues
Nul chant ne s’élevait
Seuls des ronflements car les habitants
Profondément dormaient

Aux portes il levait chaque loquet
Mais ses tentatives étaient vaines
Quand il mit le nez à la fenêtre éclairée
D’une petite taverne
Un cuisinier le toisa et grommela :
« Que viens-tu faire si tôt? »
« Je veux du feu, des chants, des histoires d’antan
Et du vin rouge coulant à flots! »

« Rien de tel ici », l’homme lui répondit

« Mais je te laisse entrer
Je manque d’argent et de beaux vêtements –
Peut-être pourras-tu rester »
Quelques perles et de la dentelle
Pour être le bienvenu
Pour s’asseoir quelque peu au coin du feu
Il lui coûta vingt fois plus

Il fallut qu’il donne cape et couronne
Pour apaiser sa faim
Et comme seul repas, dans un bol en bois,
Il eut, en guise de festin,
Une soupe froide, maigre et fade
À manger sans nul ami
Il était arrivé trop tôt pour fêter
Yule en bonne compagnie

Un voyageur atypique dans une quête lunatique
Bien trop loin de son pays

Poèmes de Tolkien

Mae govannen!

Voici la section Tolkien, qui contient les premiers poèmes que j’ai traduits, puisque c’est avec ses textes que j’ai découvert ce passe-temps. Je lis Tolkien depuis l’enfance et j’ai toujours gardé vivant l’univers de la Terre du milieu en relisant périodiquement ses livres.

Tolkien, c’est connu, a une très fine plume. Cela m’a pris un certain temps avant d’accorder à ses poèmes l’attention qu’ils méritaient, mais j’ai fini par le faire et j’en suis très heureux. À cet égard, le travail du groupe « The Hobbitons » sur son œuvre poétique m’a bien aidé. Étrangement, ce groupe est assez peu connu dans la communauté des amateurs de cet auteur, mais il a fait un excellent travail dans la mise en chanson des poèmes de Tolkien. À titre d’exemple, ce groupe chante les textes de Tolkien sans crescendos dramatiques ni affectation. En revanche, cela ne les empêche pas de jouer les personnages que Tolkien, souvent avec humour, met en scène.

Vous pouvez écouter leurs versions ici. Je l’admets, certaines chansons sont un peu… étranges. En revanche, plusieurs autres sont très jolies, à l’instar de « Bilbo’s song », « Beside the Fire » ou « The Valley » (cette chanson est simplement trop guillerette pour ne pas qu’on l’aime).

Down_the_road - Die_rote_IRis
© Die Rote IRis (www.glaubsches.net). « Down the Road »

Perry-the-Winkle avec commentaires

Perry-The-Winkle est un poème de Tolkien (supposément écrit par le personage de Sam Gamegie) dont j’aime beaucoup le caractère enfantin assumé. J’ai tant apprécié la version du groupe « The Hobbitons » qu’elle m’a donné le goût d’en faire une traduction. C’est donc avec ce texte que je me suis lancé dans la traduction rimée.

Or, la traduction que j’affiche ici est incomplète – ce qui, j’en conviens, a quelque chose d’un peu ironique. Mais ce n’est pas parce que je ne veux pas traduire la suite, mais plutôt pour les raisons que je vais détailler ici.

Le personnage qui entre en relation avec le troll, Perry-the-Winkle, a un nom que je trouve assez épineux à traduire. « Winkle », en anglais, signifie « bigorneau » ce qui n’a aucun lien avec l’histoire. Or ce n’est pas pour autant un choix arbitraire, car d’après ce que j’ai pu comprendre, il permet à Tolkien de faire un jeu de mot avec « Periwinkle », qui signifie « Pervenche ».

Je crois qu’il est inutile d’essayer de traduire ce jeu de mot, « Bigorneau » et « Pervenche » étant on ne peut plus opposés du point de vue phonétique. Je suis donc en quête active (et donc ouvert au suggestion) d’une traduction intéressante; qui ait un certain caractère. Je trouve que de traduire le titre par « Perry le bigorneau » (comme dans les traductions officielles) est certes ce qu’il y a de plus fidèle au niveau du sens (et encore, il manque l’idée du double sens), mais je juge aussi que c’est plutôt ennuyant, en plus d’être non-intuitif pour un francophone (ne serais-ce qu’à cause du prénom « Perry »).

La traduction s’arrête donc à la sixième strophe, puisque Perry entre en scène à la septième. Voilà donc « Perry-The-Winkle »… sans ledit personnage.

J’ai hésité à mettre cette traduction partielle sur le site, mais je suis venu à la conclusion qu’elle pouvait quand même être d’un certain intérêt, d’autant plus que les six premières strophes posent la situation initiale. Elles sont détachées des péripéties principales et peuvent donc – jusqu’à un certain point, bien entendu – être appréciées isolées.

The Lonely Troll he sat on a stone
And sang a mournful lay:
« O why, O why must I live on my own
In the hills of Faraway ?
My folk are gone beyond recall
And take no thought of me;
Alone I’m left, the last of all
From Weathertop to the Sea. »

« I steal no gold, I drink no beer,
I eat no kind of meat;
But People slam their doors in fear,
Whenever they hear my feet.
O how I wish that they were neat,
And my hands were not so rough!
Yet my heart is soft, my smile is sweet,
And my cooking good enough. »

« Come, come! » he thought, « this will not do!
I must go and find a friend;
A-walking soft I’ll wander through
The Shire from end to end. »
Down he went, and he walked all night
With his feet in boots of fur;
To Delving he came in the morning light,
When folk were just astir.

He looked around, and who did he meet
But old Mrs. Bunce and all
With umbrella and basket walking the street;
And he smiled and stopped to call:
« Good morning, ma’am! Good day to you!
I hope I find you well? »
But she dropped umbrella and basket too,
And yelled a frightful yell.

Old Pott the Mayor was strolling near;
When he heard that awful sound,
He turned all purple and pink with fear,
And dived down underground.
The Lonely Troll was hurt and sad:
« Don’t go! » he gently said,
But old Mrs. Bunce ran home like mad
And hid beneath her bed.

The Troll went on to the market-place
And peeped above the stalls;
The sheep went wild when they saw his face,
And the geese flew over the walls.
Old Farmer Hogg he spilled his ale,
Bill Butcher threw a knife,
And Grip his dog, he turned his tail
And ran to save his life.

Un pauvre troll, dans son domaine,
Se plaignait d’être esseulé
« Oh pourquoi dois-je vivre par moi-même
Dans ces collines reculées
Mon peuple a fui, je m’en souviens
Et ils n’ont cure de leur pair
Et me voilà, dernier des miens
Des Monts venteux à la Mer. »

« Je ne bois pas, ne suis pas voleur,
Je ne mange pas même de viande,
Mais les gens claquent leurs portes par peur
Quand au loin ils m’entendent.
Oh j’aimerais bien que mon aspect
Ne soit pas si menaçant
Car mon cœur est tendre si mon corps effraie
Et je ne suis pas sans talent. »1

« Allons, allons, suffit les pleurs
Je dois me faire un ami;
Et d’un pas calme, je vais sur l’heure
Traverser le pays. »
Il s’en alla, le soir venu,
Dans ses sabots usés2
Et quand le clair matin fut
En ville il posa pied.

À ses devants, mais qui vit-il?
La vieille madame Rosa
Panier à la main l’air tranquille;
Le troll l’apostropha :
« Bonjour gente dame! Salutations! »
Et Rosa de se tourner
Mais à cette calme introduction
Tous l’entendirent crier.

Puis le vieux maire, non loin de là,
Quand le son vint le surprendre
Devint tout blême de peur, d’effroi
Et courut sans attendre.4
Le pauvre troll n’en pouvait plus :
« Restez, je vous en prie! »
Mais dame Rosa avait disparue
Cachée dessous son lit!

Au marché se rendit le troll,
Voulant se faire discret,
Mais une chèvre à sa vue devint folle
Et les oies s’enfuyaient.5
Le vieux père Hogg cracha sa bière
Le boucher s’évanouit6
Et Grip son chien, en sens contraire,7
Pour sa peau, déguerpit

Écrit par J. R. R. Tolkien
Publié dans Les aventures de Tom Bombadil
Traduit par François-Félix Roy

Notes :

1 Ici Tolkien introduit un élément important pour la suite de l’histoire : « And my cooking good enough ». Or, dans ma version partielle, j’ai préféré mettre quelque chose de plus général, puisque sans le reste de l’histoire, cette mention de talents culinaires semble un peu sortie de nulle part.
2 Ou « Vers la Grande Creusée » pour une traduction fidèle à « To Delving he came […]»
4 « Dived down underground » étant directement lié à la nature de la ville dans l’univers de Tolkien (du moins, c’est ce que je présume), je ne me suis pas privé pour remplacer cela par une expression dans le même esprit, surtout que je ne mentionne pas « Delving » dans ma version de base (voir note #2)
5 « Les oies s’enfuyaient », chanté avec le rythme rapide de la chanson à quelqu’un qui ne l’a jamais entendue, peut sonner comme « Les oiseaux fuyaient ». Mais j’ai vite jugé que le sens, au final, ne différait pas.
6 Un boucher qui lance un couteau! Pris dans l’esprit enfantin du conte, j’étais vraiment inquiet pour le pauvre Troll quand j’ai lu ça. Je ne me suis pas privé pour rajouter une touche de pacifisme ici 🙂
7 Certes, Grip n’est pas un nom très typique pour un chien, d’autant plus que son homophone ne représente pas quelque chose de très chouette. Cela dit, puisque j’ai traduit directement « Grip his dog » par « Grip son chien » – il est donc on ne peut plus explicite que son chien s’appelle Grip – j’ai jugé non-nécessaire de lui trouver un nouveau nom.

Perry-The-Winkle

Perry-The-Winkle est un poème dont j’aime beaucoup le caractère enfantin assumé, supposément écrit par Sam Gamegie. Voilà la traduction des six premières strophes. Pour des explications supplémentaires, je vous invite à consulter la version commentée. Bonne lecture!

The Lonely Troll he sat on a stone
And sang a mournful lay:
« O why, O why must I live on my own
In the hills of Faraway ?
My folk are gone beyond recall
And take no thought of me;
Alone I’m left, the last of all
From Weathertop to the Sea. »
 
« I steal no gold, I drink no beer,
I eat no kind of meat;
But People slam their doors in fear,
Whenever they hear my feet.
O how I wish that they were neat,
And my hands were not so rough!
Yet my heart is soft, my smile is sweet,
And my cooking good enough. »

« Come, come! » he thought, « this will not do!
I must go and find a friend;
A-walking soft I’ll wander through
The Shire from end to end. »
Down he went, and he walked all night
With his feet in boots of fur;
To Delving he came in the morning light,
When folk were just astir.

He looked around, and who did he meet
But old Mrs. Bunce and all
With umbrella and basket walking the street;
And he smiled and stopped to call:
« Good morning, ma’am! Good day to you!
I hope I find you well? »
But she dropped umbrella and basket too,
And yelled a frightful yell.

Old Pott the Mayor was strolling near;
When he heard that awful sound,
He turned all purple and pink with fear,
And dived down underground.
The Lonely Troll was hurt and sad:
« Don’t go! » he gently said,
But old Mrs. Bunce ran home like mad
And hid beneath her bed.

The Troll went on to the market-place
And peeped above the stalls;
The sheep went wild when they saw his face,
And the geese flew over the walls.
Old Farmer Hogg he spilled his ale,
Bill Butcher threw a knife,
And Grip his dog, he turned his tail
And ran to save his life.

Un pauvre troll, dans son domaine,
Se plaignait d’être esseulé
« Oh pourquoi dois-je vivre par moi-même
Dans ces collines reculées
Mon peuple a fui, je m’en souviens
Et ils n’ont cure de leur pair
Et me voilà, dernier des miens
Des Monts venteux à la Mer. »
 
« Je ne bois pas, ne suis pas voleur,
Je ne mange pas même de viande,
Mais les gens claquent leurs portes par peur
Quand au loin ils m’entendent.
Oh j’aimerais bien que mon aspect
Ne soit pas si menaçant
Car mon cœur est tendre si mon corps effraie
Et je ne suis pas sans talent. »

« Allons, allons, suffit les pleurs
Je dois me faire un ami;
Et d’un pas calme, je vais sur l’heure
Traverser le pays. »
Il s’en alla, le soir venu,
Dans ses sabots usés
Et quand le clair matin fut
En ville il posa pied.

À ses devants, mais qui vit-il?
La vieille madame Rosa
Panier à la main l’air tranquille;
Le troll l’apostropha :
« Bonjour gente dame! Salutations! »
Et Rosa de se tourner
Mais à cette calme introduction
Tous l’entendirent crier.

Puis le vieux maire, non loin de là,
Quand le son vint le surprendre
Devint tout blême de peur, d’effroi
Et courut sans attendre.
Le pauvre troll n’en pouvait plus :
« Restez, je vous en prie! »
Mais dame Rosa avait disparue
Cachée dessous son lit!

Au marché se rendit le troll,
Voulant se faire discret,
Mais une chèvre à sa vue devint folle
Et les oies s’enfuyaient.
Le vieux père Hogg cracha sa bière
Le boucher s’évanouit
Et Grip son chien, en sens contraire,
Pour sa peau, déguerpit

Écrit par J. R. R. Tolkien
Publié dans Les aventures de Tom Bombadil
Traduit par François-Félix Roy