Réveillez-vous belle endormie (Trad. Québécois/Français)

« Réveillez-vous belle endormie », ou simplement « La belle endormie », est une chanson que j’ai découverte presque simultanément dans le répertoire du Poème Harmonique (d’où me vient aussi « N’èran tres fraires ») et dans l’excellent disque « Portraits » du trio québéco-irlandais Sophie & Fiachra.

Avec un peu de recherche, j’ai constaté que les très nombreuses versions françaises de cette pièce semblent être pour la plupart originaires du Sud-Ouest de la France. En Amérique du Nord, des versions ont été collectées au Canada français, mais aussi en Louisiane. La version que je joue ici est à mi-chemin entre les versions française et québécoise citées plus haut, qu’il s’agisse du tempo ou des paroles.

Paroles :

Réveillez-vous belle endormie
Réveillez-vous car il fait jour
Mettez la tête à la fenêtre
Vous entendrez parler d’amour

C’est votre amant, ici, qui vous parle
Il a la voix si belle et si douce
C’est votre amant, ma demoiselle
Qui vient pour parler avec vous

La belle a mis le pied à terre
Tout doucement s’en est allée
D’ une main elle ouvre la porte
Entrez galant si vous m’aimez

Je ne dors pas lorsque je veille,
Toute la nuit je pense à vous,
Toute la nuit mon cœur sommeille
Ma belle amie marions-nous.

En as-tu parlé à ton père
La belle, que tu voulais m’aimer?
J’en ai parlé, il m’a refusée
Galant, il faut pas y penser

Je m’en irai en ermitage
Finir mes jours au bord d’un rocher
Ma nourriture sera l’herbage
L’eau de mes pleurs sera ma liqueur

Mes chansons

Bienvenue dans la section qui me tient le plus à coeur : celle de mes compositions! Voilà très longtemps que je souhaite composer, mais ce n’est que tout récemment que j’ai trouvé le type de chansons qui m’inspire vraiment : les chansons qui content des histoires.

Je pourrais diviser cette section en trois grandes catégories. C’est évidemment une classification grossière, puisque je vois d’abord mon travail comme un tout, mais ça se veut être une manière de vous guider dans cette partie plus remplie que les autres.

Les chansons humoristiques : Les extraordinaires et très-véridicques adventures du Baron de Münchhausen, Les souhaits ridicules

Les fables (chansons où je tente de véhiculer un message) :  Le corbeau atteint d’une flèche, Rose Latulipe, Le roi et le pêcheur

Les contes (chansons qui veulent d’abord raconter une histoire) : Bedd Gelert, L’espoir d’un printemps, Blanche Biche

Certains textes sont purement issus de mon imagination, tandis que d’autres se basent sur des légendes, des fables ou d’autres sources d’inspiration. Le cas échéant, bien entendu, lesdites inspirations sont mentionnées.

Quelques histoires en vers, chansons, François-Félix Roy, Maddi Berger
© Maddi Berger (https://maddiberger.myportfolio.com/).

À propos de moi

Quelques histoires en vers, François-Félix Roy, Accordéon

Photo : Marie Laliberté

Bonjour à tous, je m’appelle François-Félix Roy. Étudiant québécois guilleret – même dans la tempête de neige – je me suis toujours intéressé à la poésie. J’ai fait du slam pendant plusieurs années, plus jeune, mais j’écrivais surtout sur la politique (sujet qui maintenant me rend plus maussade qu’autre chose). Depuis un peu moins de deux ans, je me concentre sur tout ce qui ressemble de près ou de loin aux contes.

Je commence, à compter de l’an prochain, des études en musique traditionnelle québécoise, avec la guitare et l’accordéon comme instruments. Nul doute que je trouverai ça très stimulant, notamment pour alimenter ce site!

Je mène aussi d’autres projets en plus du présent site internet, quoique de moindre envergure. Je vous invite ainsi à faire un tour sur ma chaîne Youtube. J’y mets des interprétations de mes chansons favorites (dont une belle brochette se trouve dans la section « Mes favorites » du site). J’y publie des chansons traditionnelles (et pas qu’en français!) ainsi que des chansons de mes chansonniers préférés, à commencer par Georges Brassens et Félix Leclerc (un des grands de la chanson québécoise). Vous y verrez aussi plusieurs pièces que je fais en duo avec mon frère, qui est accordéoniste.

De plus, je collabore depuis un an avec un ami espagnol, créateur du génial site Le bon maître me le pardonne, rassemblant ses traductions en vers de nombreuses chansons de Georges Brassens, certaines en espagnol, d’autres en valencien (variante du catalan). Mes interprétations accompagnent quelques-unes des chansons en espagnol, et je continue à en apprendre dans le but de les enregistrer pour son site.

Autres curiosités? Je suis grand amateur de Donjons et Dragons, passionné d’étymologie et amoureux des plantes. Aussi, si vous vous baladez dans le métro de Montréal, il se peut que vous me croisiez, jouant avec mon frère!

Si vous souhaitez m’écrire, vous pouvez le faire à partir du formulaire ci-dessous ou en écrivant à l’adresse suivante : francoisfelixroy@gmail.com

Ballades de Francis J. Child

Bienvenue dans la section « Child Ballads »!

Cette section ne contient pas de ballades d’enfant, car Child est ici un nom de famille. Les « Child Ballads » constituent un recueil très élaboré de ballades traditionnelles d’Angleterre et d’Écosse, chacune souvent présentée en plusieurs versions. Francis James Child est le folkloriste américain qui a rassemblé et fait connaître ces 305 ballades auprès des publics américain et anglais.

J’ai découvert ce pan important de la chanson traditionnelle de langue anglaise grâce à l’excellent album « Child Ballads » de Jefferson Hammer et Anais Mitchell. Ce sont d’ailleurs les versions des ballades utilisées dans cet album que j’ai traduites, à l’exception de « The Golden Vanity » (dont la version vient de Brian Peters).

Les enregistrements inclus dans cette section sont mes interprétations de mes traductions françaises des versions du duo Mitchell & Hamer et de M. Peters. J’en profite pour vous recommander chaleureusement l’album de Mitchell & Hamer, tout particulièrement pour les harmonies vocales très agréables, à la fois simples et subtiles.

Pour le moment, la section « Child Ballads » contient les ballades suivantes :

  • Sir Patrick Spens, sur le tragique naufrage d’un grand navigateur.
  • Clyde Waters, sur une histoire d’amour très touchante, narrée du point de vue d’un jeune homme.
  • Tam Lin, sur une histoire d’amour émouvante – avec une petite touche de mystère et de fantastique – narrée du point de vue d’une jeune femme.
  • The Golden Vanity, sur l’histoire poignante d’un jeune matelot.

Bonne lecture et bonne écoute!

Tam lin
© Jessica « Sieskja » Albert (http://sieskja.tumblr.com/). « Denna natt, allt tar slut »

Poèmes de Tolkien

Mae govannen!

Voici la section Tolkien, qui contient les premiers poèmes que j’ai traduits, puisque c’est avec ses textes que j’ai découvert ce passe-temps. Je lis Tolkien depuis l’enfance et j’ai toujours gardé vivant l’univers de la Terre du milieu en relisant périodiquement ses livres.

Tolkien, c’est connu, a une très fine plume. Cela m’a pris un certain temps avant d’accorder à ses poèmes l’attention qu’ils méritaient, mais j’ai fini par le faire et j’en suis très heureux. À cet égard, le travail du groupe « The Hobbitons » sur son œuvre poétique m’a bien aidé. Étrangement, ce groupe est assez peu connu dans la communauté des amateurs de cet auteur, mais il a fait un excellent travail dans la mise en chanson des poèmes de Tolkien. À titre d’exemple, ce groupe chante les textes de Tolkien sans crescendos dramatiques ni affectation. En revanche, cela ne les empêche pas de jouer les personnages que Tolkien, souvent avec humour, met en scène.

Vous pouvez écouter leurs versions ici. Je l’admets, certaines chansons sont un peu… étranges. En revanche, plusieurs autres sont très jolies, à l’instar de « Bilbo’s song », « Beside the Fire » ou « The Valley » (cette chanson est simplement trop guillerette pour ne pas qu’on l’aime).

Down_the_road - Die_rote_IRis
© Die Rote IRis (www.glaubsches.net). « Down the Road »

Bedd Gelert

Bedd Gelert est une légende que je connais depuis que je suis tout jeune. Elle est originaire du Pays de Galles (son nom provient d’ailleurs du gallois – je vous invite à le traduire après votre lecture, pour éviter de vous révéler quoi que ce soit). C’est la première histoire que j’ai mise en chanson, il y a à peu près un an.


© François-Félix Roy 2018 

Fut un prince n’ayant au monde qu’un fils
Et comme fidèle garde un chien à son service
Le vieil animal protégeait le berceau
Son maître, en chuchotant, lui adressait ces mots :

« Oh, Gelert
Oh mon vieil ami

Par-delà mes terres, il me faut partir
Je vois que tu te dresses, brûlant de venir
Or toi seul as ma confiance, protège mon nouveau-né
Mon fils est sans défense, reste à son côté

Oh, Gelert
Je te confie sa vie »

Sitôt le maître sorti, Gelert se leva
Au chevet du petit, sagement il veilla
Il entendait sa calme respiration
Mais non loin un souffle rauque troubla son attention

« Oh, Gelert
Je te confie sa vie »

Dans l’angle de la porte un loup écumait
Son flair attiré par l’enfant qui sommeillait
Or Gelert avait au cœur une loyauté suprême
Alors quand le loup bondit, Gelert fit de même

Le chien combattit l’assaillant
Le loup, avec force, le mordit
Les draps sur le petit
Étaient maculés de sang
Le loup succomba dans un coin
Sous les coups du brave chien

Le prince, à son retour, vit son fils, le sang au corps
Sans voir qu’il dormait, il crut son enfant mort
Puis se tourna, avec horreur, vers Gelert, la gueule en sang
Croyant venger son nouveau-né, il tua l’innocent

Dans le silence de la pièce, soudain, surgirent des pleurs
L’enfant s’étant réveillé à la mort de son sauveur
Alors le prince vit le corps du loup, caché non loin,
Il comprit sa grave erreur et s’écroula près du chien

Depuis ce jour funeste
Le prince pleure son ami

« Oh, Gelert
Je t’ai confié sa vie »

Perry-the-Winkle avec commentaires

Perry-The-Winkle est un poème de Tolkien (supposément écrit par le personage de Sam Gamegie) dont j’aime beaucoup le caractère enfantin assumé. J’ai tant apprécié la version du groupe « The Hobbitons » qu’elle m’a donné le goût d’en faire une traduction. C’est donc avec ce texte que je me suis lancé dans la traduction rimée.

Or, la traduction que j’affiche ici est incomplète – ce qui, j’en conviens, a quelque chose d’un peu ironique. Mais ce n’est pas parce que je ne veux pas traduire la suite, mais plutôt pour les raisons que je vais détailler ici.

Le personnage qui entre en relation avec le troll, Perry-the-Winkle, a un nom que je trouve assez épineux à traduire. « Winkle », en anglais, signifie « bigorneau » ce qui n’a aucun lien avec l’histoire. Or ce n’est pas pour autant un choix arbitraire, car d’après ce que j’ai pu comprendre, il permet à Tolkien de faire un jeu de mot avec « Periwinkle », qui signifie « Pervenche ».

Je crois qu’il est inutile d’essayer de traduire ce jeu de mot, « Bigorneau » et « Pervenche » étant on ne peut plus opposés du point de vue phonétique. Je suis donc en quête active (et donc ouvert au suggestion) d’une traduction intéressante; qui ait un certain caractère. Je trouve que de traduire le titre par « Perry le bigorneau » (comme dans les traductions officielles) est certes ce qu’il y a de plus fidèle au niveau du sens (et encore, il manque l’idée du double sens), mais je juge aussi que c’est plutôt ennuyant, en plus d’être non-intuitif pour un francophone (ne serais-ce qu’à cause du prénom « Perry »).

La traduction s’arrête donc à la sixième strophe, puisque Perry entre en scène à la septième. Voilà donc « Perry-The-Winkle »… sans ledit personnage.

J’ai hésité à mettre cette traduction partielle sur le site, mais je suis venu à la conclusion qu’elle pouvait quand même être d’un certain intérêt, d’autant plus que les six premières strophes posent la situation initiale. Elles sont détachées des péripéties principales et peuvent donc – jusqu’à un certain point, bien entendu – être appréciées isolées.

The Lonely Troll he sat on a stone
And sang a mournful lay:
« O why, O why must I live on my own
In the hills of Faraway ?
My folk are gone beyond recall
And take no thought of me;
Alone I’m left, the last of all
From Weathertop to the Sea. »

« I steal no gold, I drink no beer,
I eat no kind of meat;
But People slam their doors in fear,
Whenever they hear my feet.
O how I wish that they were neat,
And my hands were not so rough!
Yet my heart is soft, my smile is sweet,
And my cooking good enough. »

« Come, come! » he thought, « this will not do!
I must go and find a friend;
A-walking soft I’ll wander through
The Shire from end to end. »
Down he went, and he walked all night
With his feet in boots of fur;
To Delving he came in the morning light,
When folk were just astir.

He looked around, and who did he meet
But old Mrs. Bunce and all
With umbrella and basket walking the street;
And he smiled and stopped to call:
« Good morning, ma’am! Good day to you!
I hope I find you well? »
But she dropped umbrella and basket too,
And yelled a frightful yell.

Old Pott the Mayor was strolling near;
When he heard that awful sound,
He turned all purple and pink with fear,
And dived down underground.
The Lonely Troll was hurt and sad:
« Don’t go! » he gently said,
But old Mrs. Bunce ran home like mad
And hid beneath her bed.

The Troll went on to the market-place
And peeped above the stalls;
The sheep went wild when they saw his face,
And the geese flew over the walls.
Old Farmer Hogg he spilled his ale,
Bill Butcher threw a knife,
And Grip his dog, he turned his tail
And ran to save his life.

Un pauvre troll, dans son domaine,
Se plaignait d’être esseulé
« Oh pourquoi dois-je vivre par moi-même
Dans ces collines reculées
Mon peuple a fui, je m’en souviens
Et ils n’ont cure de leur pair
Et me voilà, dernier des miens
Des Monts venteux à la Mer. »

« Je ne bois pas, ne suis pas voleur,
Je ne mange pas même de viande,
Mais les gens claquent leurs portes par peur
Quand au loin ils m’entendent.
Oh j’aimerais bien que mon aspect
Ne soit pas si menaçant
Car mon cœur est tendre si mon corps effraie
Et je ne suis pas sans talent. »1

« Allons, allons, suffit les pleurs
Je dois me faire un ami;
Et d’un pas calme, je vais sur l’heure
Traverser le pays. »
Il s’en alla, le soir venu,
Dans ses sabots usés2
Et quand le clair matin fut
En ville il posa pied.

À ses devants, mais qui vit-il?
La vieille madame Rosa
Panier à la main l’air tranquille;
Le troll l’apostropha :
« Bonjour gente dame! Salutations! »
Et Rosa de se tourner
Mais à cette calme introduction
Tous l’entendirent crier.

Puis le vieux maire, non loin de là,
Quand le son vint le surprendre
Devint tout blême de peur, d’effroi
Et courut sans attendre.4
Le pauvre troll n’en pouvait plus :
« Restez, je vous en prie! »
Mais dame Rosa avait disparue
Cachée dessous son lit!

Au marché se rendit le troll,
Voulant se faire discret,
Mais une chèvre à sa vue devint folle
Et les oies s’enfuyaient.5
Le vieux père Hogg cracha sa bière
Le boucher s’évanouit6
Et Grip son chien, en sens contraire,7
Pour sa peau, déguerpit

Écrit par J. R. R. Tolkien
Publié dans Les aventures de Tom Bombadil
Traduit par François-Félix Roy

Notes :

1 Ici Tolkien introduit un élément important pour la suite de l’histoire : « And my cooking good enough ». Or, dans ma version partielle, j’ai préféré mettre quelque chose de plus général, puisque sans le reste de l’histoire, cette mention de talents culinaires semble un peu sortie de nulle part.
2 Ou « Vers la Grande Creusée » pour une traduction fidèle à « To Delving he came […]»
4 « Dived down underground » étant directement lié à la nature de la ville dans l’univers de Tolkien (du moins, c’est ce que je présume), je ne me suis pas privé pour remplacer cela par une expression dans le même esprit, surtout que je ne mentionne pas « Delving » dans ma version de base (voir note #2)
5 « Les oies s’enfuyaient », chanté avec le rythme rapide de la chanson à quelqu’un qui ne l’a jamais entendue, peut sonner comme « Les oiseaux fuyaient ». Mais j’ai vite jugé que le sens, au final, ne différait pas.
6 Un boucher qui lance un couteau! Pris dans l’esprit enfantin du conte, j’étais vraiment inquiet pour le pauvre Troll quand j’ai lu ça. Je ne me suis pas privé pour rajouter une touche de pacifisme ici 🙂
7 Certes, Grip n’est pas un nom très typique pour un chien, d’autant plus que son homophone ne représente pas quelque chose de très chouette. Cela dit, puisque j’ai traduit directement « Grip his dog » par « Grip son chien » – il est donc on ne peut plus explicite que son chien s’appelle Grip – j’ai jugé non-nécessaire de lui trouver un nouveau nom.

Perry-The-Winkle

Perry-The-Winkle est un poème dont j’aime beaucoup le caractère enfantin assumé, supposément écrit par Sam Gamegie. Voilà la traduction des six premières strophes. Pour des explications supplémentaires, je vous invite à consulter la version commentée. Bonne lecture!

The Lonely Troll he sat on a stone
And sang a mournful lay:
« O why, O why must I live on my own
In the hills of Faraway ?
My folk are gone beyond recall
And take no thought of me;
Alone I’m left, the last of all
From Weathertop to the Sea. »
 
« I steal no gold, I drink no beer,
I eat no kind of meat;
But People slam their doors in fear,
Whenever they hear my feet.
O how I wish that they were neat,
And my hands were not so rough!
Yet my heart is soft, my smile is sweet,
And my cooking good enough. »

« Come, come! » he thought, « this will not do!
I must go and find a friend;
A-walking soft I’ll wander through
The Shire from end to end. »
Down he went, and he walked all night
With his feet in boots of fur;
To Delving he came in the morning light,
When folk were just astir.

He looked around, and who did he meet
But old Mrs. Bunce and all
With umbrella and basket walking the street;
And he smiled and stopped to call:
« Good morning, ma’am! Good day to you!
I hope I find you well? »
But she dropped umbrella and basket too,
And yelled a frightful yell.

Old Pott the Mayor was strolling near;
When he heard that awful sound,
He turned all purple and pink with fear,
And dived down underground.
The Lonely Troll was hurt and sad:
« Don’t go! » he gently said,
But old Mrs. Bunce ran home like mad
And hid beneath her bed.

The Troll went on to the market-place
And peeped above the stalls;
The sheep went wild when they saw his face,
And the geese flew over the walls.
Old Farmer Hogg he spilled his ale,
Bill Butcher threw a knife,
And Grip his dog, he turned his tail
And ran to save his life.

Un pauvre troll, dans son domaine,
Se plaignait d’être esseulé
« Oh pourquoi dois-je vivre par moi-même
Dans ces collines reculées
Mon peuple a fui, je m’en souviens
Et ils n’ont cure de leur pair
Et me voilà, dernier des miens
Des Monts venteux à la Mer. »
 
« Je ne bois pas, ne suis pas voleur,
Je ne mange pas même de viande,
Mais les gens claquent leurs portes par peur
Quand au loin ils m’entendent.
Oh j’aimerais bien que mon aspect
Ne soit pas si menaçant
Car mon cœur est tendre si mon corps effraie
Et je ne suis pas sans talent. »

« Allons, allons, suffit les pleurs
Je dois me faire un ami;
Et d’un pas calme, je vais sur l’heure
Traverser le pays. »
Il s’en alla, le soir venu,
Dans ses sabots usés
Et quand le clair matin fut
En ville il posa pied.

À ses devants, mais qui vit-il?
La vieille madame Rosa
Panier à la main l’air tranquille;
Le troll l’apostropha :
« Bonjour gente dame! Salutations! »
Et Rosa de se tourner
Mais à cette calme introduction
Tous l’entendirent crier.

Puis le vieux maire, non loin de là,
Quand le son vint le surprendre
Devint tout blême de peur, d’effroi
Et courut sans attendre.
Le pauvre troll n’en pouvait plus :
« Restez, je vous en prie! »
Mais dame Rosa avait disparue
Cachée dessous son lit!

Au marché se rendit le troll,
Voulant se faire discret,
Mais une chèvre à sa vue devint folle
Et les oies s’enfuyaient.
Le vieux père Hogg cracha sa bière
Le boucher s’évanouit
Et Grip son chien, en sens contraire,
Pour sa peau, déguerpit

Écrit par J. R. R. Tolkien
Publié dans Les aventures de Tom Bombadil
Traduit par François-Félix Roy